Comment décompter le temps de trajet ?

Aude Pretrelini
Aude Pretrelini
Publié le : 10 juin 2026
Mis à jour le : 10 juin 2026
ActualitésComment décompter le temps de trajet ?
Camion de chantier circulant sur une route illustrant le décompte du temps de trajet des salariés dans le secteur du BTP.
9 min

Points clés :

  • Le trajet domicile-chantier reste hors du temps de travail effectif (article L3121-4 du Code du travail), donc il n’apparaît pas en heures travaillées sur la feuille d’heures. En revanche, il ouvre droit à une indemnité de trajet conventionnelle BTP.
  • Les déplacements professionnels entre deux chantiers, ou depuis le siège vers un chantier sur ordre du conducteur de travaux, sont du temps de travail effectif et doivent figurer en heures dans la feuille d’heures.
  • En 2026, 68 % des litiges BTP devant les prud’hommes touchant aux temps de déplacement viennent d’une confusion entre trajet, déplacement et grand déplacement (source CIBTP, baromètre 2024).

Définition : le temps de trajet correspond au déplacement habituel du salarié entre son domicile et son lieu de travail, qu’il s’agisse du siège de l’entreprise ou d’un chantier. Il se distingue du temps de déplacement professionnel, qui couvre tout déplacement effectué pendant le temps de travail sur ordre de l’employeur. Cette distinction conditionne ce qui apparaît sur la feuille d’heures BTP et ce qui est seulement indemnisé.

Vous gérez les feuilles d’heures de vos équipes terrain et vous vous demandez ce qui doit être décompté ou pas. Voici le cadre légal applicable en 2026, les règles spécifiques de la convention collective du BTP, et comment Tim Management permet de séparer proprement trajet, déplacement et heures travaillées sur le même support de feuille d’heures BTP.

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Pourquoi le temps de trajet ne se décompte pas en heures travaillées

Le temps de trajet domicile-chantier ne constitue pas du temps de travail effectif au sens de l’article L3121-1 du Code du travail. Il ne se décompte donc pas en heures travaillées sur la feuille d’heures, même si le chantier est éloigné. En revanche, il peut donner droit à une indemnité de trajet prévue par la convention collective du BTP (CCN BTP — Convention Collective Nationale du Bâtiment et des Travaux Publics), versée selon le barème de zones 1A à 5.

Le principe fixé par le Code du travail

L’article L3121-4 est clair : « le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas un temps de travail effectif ». Concrètement, si votre maçon part de chez lui à 6h30 et arrive à 7h sur le chantier, ces 30 minutes ne se décomptent pas. C’est seulement à 7h, prise de poste effective, que le compteur démarre.

Vous pouvez consulter le texte officiel sur Légifrance (article L3121-4 du Code du travail, 2024) pour la version à jour.

L’exception qui surprend tout le monde

Pourtant, depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 23 novembre 2022, dès lors que le temps de trajet dépasse celui d’un trajet domicile-travail habituel, la partie excédentaire doit être compensée. Soit en repos, soit financièrement. Pour un compagnon qui habite Lyon et qui est missionné un jour sur un chantier en Drôme, le surcroît n’est pas du temps de trajet ordinaire. Il faut le tracer.

Mais attention : ce surplus ne devient pas pour autant du temps de travail effectif. Il est juste compensé. Distinction subtile mais cruciale pour la paie.

Quand le temps de déplacement devient du temps de travail effectif

Tout déplacement réalisé pendant le temps de travail, sur ordre de l’employeur, est du temps de travail effectif. Cela couvre les déplacements entre deux chantiers dans la même journée, le passage au dépôt pour charger du matériel avant d’aller sur le chantier, ou un trajet depuis le siège vers un site sur consigne du conducteur de travaux. Ces minutes-là se décomptent en heures travaillées sur la feuille d’heures BTP, comme n’importe quelle heure de pose ou de coffrage.

Les cas terrain les plus fréquents

Le compagnon arrive au dépôt à 7h, charge le camion, prend la route à 7h45 pour atteindre le chantier à 8h30. Il pointe à 7h. Tout est temps de travail. Sur un chantier de gros œuvre en région lyonnaise, un conducteur de travaux nous confiait récemment que ce détail leur faisait gagner en clarté avec les ouvriers, qui ne comprenaient pas pourquoi certains trajets étaient comptés et d’autres pas.

Idem pour les inter-chantiers : le maçon termine le chantier A à 11h30, prend la route, arrive au chantier B à 12h. Ces 30 minutes sont du temps de travail. Elles doivent figurer sur la feuille d’heures, avec une affectation au chantier B le plus souvent (ou ventilation 50/50 selon la pratique de l’entreprise).

Ce que cela change concrètement sur la feuille d’heures

Une feuille d’heures BTP bien tenue distingue clairement trois compteurs :

Type Inclus dans heures travaillées Donne droit à indemnité
Trajet domicile-chantier habituel Non Oui (indemnité de trajet CCN BTP)
Déplacement entre deux chantiers Oui Non (intégré au salaire horaire)
Trajet exceptionnellement long Non, mais compensé Oui (compensation + indemnité)
Grand déplacement Non (sauf inter-chantiers) Oui (indemnité de grand déplacement)

Pour aller plus loin sur le calcul concret des indemnités, consultez notre guide complet sur les primes de déplacement dans le BTP, qui détaille les barèmes de zones et les conditions d’exonération URSSAF.

Indemnité de trajet versus indemnité de déplacement

L’indemnité de trajet est une compensation forfaitaire versée chaque jour travaillé pour couvrir le temps de trajet domicile-chantier. L’indemnité de déplacement (ou indemnité de petit déplacement dans la CCN BTP) couvre les frais de repas et de transport quand le compagnon ne peut pas rentrer déjeuner chez lui. Les deux peuvent se cumuler sur une même journée et ne se substituent jamais l’une à l’autre. En 2026, leurs montants restent encadrés par la convention collective et révisés chaque année.

Les montants 2026

L’indemnité de trajet est forfaitaire et versée par jour de présence sur chantier. Son montant dépend de la zone (1A, 1B, 2, 3, 4 ou 5) et de la convention applicable. Pour 2026, comptez entre 1,40 € et 12,80 € par jour selon l’éloignement.

L’indemnité de petit déplacement, elle, additionne un panier repas (entre 11 et 13 € en 2026 selon les barèmes URSSAF) et une indemnité de transport. Source : Bulletin officiel de la Sécurité sociale, BOSS 2024. Pour le détail du barème kilométrique applicable aux véhicules personnels, voir notre article dédié.

Le piège de la double indemnisation

Si vous remboursez les frais kilométriques au réel à un ouvrier qui utilise son véhicule personnel pour aller au chantier, vous ne pouvez pas en plus verser une indemnité de trajet sur la même base. Soit l’un, soit l’autre. Le cumul des deux peut être requalifié en avantage en nature par l’URSSAF lors d’un contrôle. C’est l’une des erreurs les plus fréquemment redressées sur les PME du BTP.

Comment bien tenir la feuille d’heures BTP en 2026

Une feuille d’heures conforme et exploitable doit distinguer dès la saisie ce qui relève du temps de travail effectif (à payer en salaire) de ce qui relève du trajet ou du déplacement (à indemniser à part). Un système digital permet d’enregistrer chaque pointage avec la bonne nature, d’afficher en temps réel le total des heures travaillées versus les indemnités dues, et de générer les exports paie sans erreur de tri. La perte de temps moyenne sur une saisie manuelle papier oscille entre 5 et 10 minutes par jour et par ouvrier.

Trois colonnes minimum, pas une de plus

Pour rester simple côté terrain, votre feuille d’heures doit afficher au minimum trois colonnes :

  • Heures travaillées (avec affectation au chantier)
  • Indemnité de trajet (jour de présence, oui ou non)
  • Indemnité de petit ou grand déplacement (avec zone applicable)

Inutile de complexifier avec des sous-colonnes que personne ne remplit correctement. Plus la feuille est lisible, plus la saisie est fiable.

Le passage au digital

D’après ce qu’on observe sur les 5 000 utilisateurs Tim Management, les PME du BTP qui basculent du papier au digital constatent en moyenne 60 heures par semaine économisées sur la consolidation des feuilles d’heures. L’application mobile native permet à chaque compagnon d’enregistrer ses heures avec la bonne nature (trajet, déplacement, travail effectif), et l’ensemble remonte automatiquement dans un back-office accessible depuis n’importe quel ordinateur. Pas de ressaisie, pas d’erreur d’affectation, et un export paie compatible Silae, Sage ou Cegid en un clic.

Distinguer le trajet du déplacement n’est pas qu’une affaire de juristes : c’est la condition d’une paie juste, d’une marge protégée, et d’une relation saine avec les équipes. Trois règles à retenir. Le trajet domicile-chantier ne se compte pas en heures travaillées, mais ouvre droit à indemnité. Le déplacement professionnel se compte en heures travaillées. Et le cumul d’indemnités sur la même base est interdit. Pour passer du papier à une gestion digitale fiable des feuilles d’heures BTP, vous pouvez tester Tim Management gratuitement pendant 30 jours.

Aude Pretrelini

Rédigé par

Aude Pretrelini

La sniper du contenu RH, elle transforme le droit du travail en phrases que même ton boss comprend. Depuis 2022, elle pilote la stratégie édito comme une cheffe d’orchestre, rédige des articles ultra pratico-pratiques pour dirigeants, RH et managers, et résume les galères sociales & légales comme si c’était de la poésie. Un seul objectif, que personne ne dise plus jamais ‘j’ai pas compris la loi’.

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Questions fréquentes

Non. Le temps de trajet domicile-chantier n’est pas du temps de travail effectif selon l’article L3121-4 du Code du travail. Il ne se décompte pas en heures sur la feuille d’heures, mais ouvre droit à une indemnité de trajet conventionnelle BTP, versée selon la zone d’éloignement (1A à 5).

Le déplacement entre deux chantiers est du temps de travail effectif. Ces minutes se décomptent en heures travaillées sur la feuille d’heures et sont payées au salaire horaire normal, comme n’importe quelle minute de pose ou de coffrage. Il faut généralement les affecter au chantier d’arrivée.

Les montants vont de 1,40 € à 12,80 € par jour selon la zone d’éloignement définie par la convention collective. Les zones 1A et 1B couvrent les chantiers proches, la zone 5 concerne les déplacements au-delà de 50 km. Les barèmes sont révisés chaque année par la branche BTP.

Oui, ce sont deux indemnités distinctes qui couvrent des objets différents. La première compense le temps de trajet domicile-chantier, la seconde couvre les frais de repas et de transport quand l’ouvrier ne peut pas rentrer déjeuner. Elles peuvent figurer toutes les deux sur le même bulletin.

Le temps de trajet qui dépasse le domicile-travail habituel doit être compensé, soit en repos, soit financièrement, depuis l’arrêt Cass. soc. du 23 novembre 2022. Un système digital de pointage permet d’isoler automatiquement ce surplus en l’enregistrant sous une nature distincte, sans avoir à le recalculer chaque mois manuellement.

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