Comment décompter le temps de trajet ?

Aude Pretrelini
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Mis à jour le : Règles du trajet (L3121-1, L3121-4) et indemnités conventionnelles sourcées ; statistique, montants régionaux et témoignage retirés.
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Camion de chantier circulant sur une route illustrant le décompte du temps de trajet des salariés dans le secteur du BTP.
9 min

Points clés :

  • Le trajet domicile-chantier reste hors du temps de travail effectif (article L3121-4 du Code du travail), donc il n’apparaît pas en heures travaillées sur la feuille d’heures. Pour les ouvriers du bâtiment, il ouvre droit à une indemnité de trajet conventionnelle.
  • Les déplacements professionnels entre deux chantiers, ou depuis le siège vers un chantier sur ordre du conducteur de travaux, relèvent en principe du temps de travail effectif, puisque le salarié est à la disposition de l’employeur (article L3121-1) : ils figurent en heures dans la feuille d’heures.
  • Un trajet qui dépasse le temps normal de trajet domicile-lieu habituel de travail donne lieu à une contrepartie en repos ou financière (article L3121-4).

Définition : le temps de trajet correspond au déplacement habituel du salarié entre son domicile et son lieu de travail, qu’il s’agisse du siège de l’entreprise ou d’un chantier. Il se distingue du temps de déplacement professionnel, qui couvre tout déplacement effectué pendant le temps de travail sur ordre de l’employeur. Cette distinction conditionne ce qui apparaît sur la feuille d’heures BTP et ce qui est seulement indemnisé.

Vous gérez les feuilles d’heures de vos équipes terrain et vous vous demandez ce qui doit être décompté ou pas. Voici le cadre légal, les règles de la convention collective des ouvriers du bâtiment et la façon de les reporter sur une feuille d’heures BTP. Avec Tim, l’ouvrier sélectionne son chantier et peut indiquer son mode de transport et son panier repas lors du pointage ; primes de panier, indemnités de déplacement et hébergements sont calculés à partir des pointages pour l’export paie.

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Pourquoi le temps de trajet ne se décompte-t-il pas en heures travaillées ?

Le temps de déplacement pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas du temps de travail effectif. Il ne se décompte pas en heures travaillées, même si le chantier est éloigné. Pour les ouvriers du bâtiment, il peut ouvrir droit à une indemnité de trajet conventionnelle, selon la zone du chantier.

Le principe fixé par le Code du travail

L’article L3121-4 est clair : « le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas un temps de travail effectif ». Concrètement, si votre maçon part de chez lui à 6h30 et arrive à 7h sur le chantier, ces 30 minutes ne se décomptent pas. C’est seulement à 7h, prise de poste effective, que le compteur démarre.

Vous pouvez consulter le texte officiel de l’article L3121-4 du Code du travail pour la version à jour.

L’exception qui surprend tout le monde

Le même article prévoit que, si ce temps de déplacement dépasse le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, il fait l’objet d’une contrepartie, soit sous forme de repos, soit sous forme financière (article L3121-4). La part de ce temps qui coïncide avec l’horaire de travail n’entraîne aucune perte de salaire. Pour un compagnon qui habite Lyon et qui est missionné un jour sur un chantier en Drôme, le surcroît n’est pas du temps de trajet ordinaire. Il faut le tracer.

Mais attention : ce surplus ne devient pas pour autant du temps de travail effectif. Il donne lieu à une contrepartie. Distinction subtile mais cruciale pour la paie.

Quand le temps de déplacement devient-il du temps de travail effectif ?

Le temps de travail effectif est le temps passé à la disposition de l’employeur, en se conformant à ses directives. Un déplacement en cours de journée sur ordre de l’employeur en relève donc en principe : trajet entre deux chantiers, passage au dépôt pour charger du matériel. Ces minutes se décomptent en heures travaillées sur la feuille d’heures BTP.

Les cas terrain les plus fréquents

Le compagnon arrive au dépôt à 7h, charge le camion sur consigne, prend la route à 7h45 pour atteindre le chantier à 8h30. Il est à la disposition de l’employeur dès 7h (article L3121-1) : il pointe à 7h.

Idem pour les inter-chantiers : le maçon termine le chantier A à 11h30, prend la route, arrive au chantier B à 12h. Ces 30 minutes sont du temps de travail. Elles doivent figurer sur la feuille d’heures, avec une affectation au chantier B le plus souvent (ou une ventilation entre les deux selon la pratique de l’entreprise).

Ce que cela change concrètement sur la feuille d’heures

Une feuille d’heures BTP bien tenue distingue clairement ces situations :

Type Inclus dans heures travaillées Indemnité ou contrepartie
Trajet domicile-chantier habituel Non (article L3121-4) Indemnité de trajet pour les ouvriers du bâtiment (IDCC 1597, art. 8.17)
Déplacement entre deux chantiers Oui, en principe (article L3121-1) Payé comme temps de travail
Trajet dépassant le temps normal Non Contrepartie en repos ou financière (article L3121-4)
Grand déplacement Selon les mêmes règles Indemnité de grand déplacement (IDCC 1597, art. 8.22)

Pour aller plus loin sur le calcul concret des indemnités, consultez notre guide sur les primes de déplacement dans le BTP, qui détaille les zones.

Indemnité de trajet ou indemnité de déplacement : quelle différence ?

Pour les ouvriers du bâtiment, le régime des petits déplacements comporte trois indemnités : repas, frais de transport et trajet. L’indemnité de trajet indemnise forfaitairement la sujétion de se rendre chaque jour sur le chantier et d’en revenir ; l’indemnité de frais de transport couvre le coût du voyage aller et retour. Leurs montants sont fixés par zone.

Les montants 2026

La convention collective des ouvriers du bâtiment (entreprises de plus de 10 salariés, IDCC 1597) institue cinq zones concentriques de 10 km autour du point de départ des petits déplacements ; un accord régional ou départemental peut adapter ce découpage, par exemple en divisant la première zone en deux (article 8.13). À chaque zone correspondent une indemnité de frais de transport et une indemnité de trajet, fixées en valeur absolue (article 8.18).

L’indemnité de repas, identique quelle que soit la zone, est fixée par accord paritaire régional (article 8.18). Les montants varient donc d’une région à l’autre : reportez-vous à l’accord de votre région. Pour le détail du barème kilométrique applicable aux véhicules personnels, voir notre article dédié.

Le piège de la double indemnisation

L’indemnité de trajet et l’indemnité de frais de transport n’ont pas le même objet : la première indemnise la sujétion du trajet quotidien, la seconde les frais du voyage (article 8.18). Si vous remboursez déjà des frais kilométriques à un ouvrier qui utilise son véhicule personnel, vérifiez ce qu’ils couvrent avant de verser en plus une indemnité de frais de transport pour le même trajet.

Comment bien tenir la feuille d’heures BTP en 2026 ?

Une feuille d’heures exploitable distingue dès la saisie ce qui relève du temps de travail effectif, payé en salaire, de ce qui relève du trajet ou du déplacement, indemnisé à part. Un système digital permet d’enregistrer chaque pointage avec le bon chantier et les bonnes indemnités, puis de transmettre les heures à la paie sans ressaisie.

Trois colonnes minimum, pas une de plus

Pour rester simple côté terrain, votre feuille d’heures doit afficher au minimum trois colonnes :

  • Heures travaillées (avec affectation au chantier)
  • Indemnité de trajet (jour de présence, oui ou non)
  • Indemnité de petit ou grand déplacement (avec zone applicable)

Inutile de complexifier avec des sous-colonnes que personne ne remplit correctement. Plus la feuille est lisible, plus la saisie est fiable.

Le passage au digital

Avec Tim, l’ouvrier sélectionne son chantier et peut indiquer son mode de transport et son panier repas lors du pointage ; primes de panier, indemnités de déplacement et hébergements sont calculés à partir des pointages pour l’export paie. Les heures s’exportent vers des logiciels de paie et comptables, dont Sage, Cegid et Onaya, ainsi qu’aux formats Excel et PDF.

Distinguer le trajet du déplacement n’est pas qu’une affaire de juristes : c’est la condition d’une paie juste, d’une marge protégée, et d’une relation saine avec les équipes. Trois règles à retenir. Le trajet domicile-chantier ne se compte pas en heures travaillées, mais ouvre droit à indemnité. Le déplacement professionnel se compte en heures travaillées. Et chaque indemnité a son objet : ne versez pas deux fois la même compensation. Pour passer du papier à une gestion digitale fiable des feuilles d’heures BTP, vous pouvez tester Tim Management : premier mois offert, sans engagement.

Sources

  1. Code du travail, art. L3121-1 (définition du temps de travail effectif) (9 oct. 2026)
  2. Code du travail, art. L3121-4 (temps de déplacement professionnel, contrepartie au-delà du temps normal de trajet) (9 oct. 2026)
  3. Légifrance, convention collective des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés, IDCC 1597), article 8.11 (indemnités de petits déplacements : repas, transport, trajet) (9 oct. 2026)
  4. Légifrance, convention collective des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés, IDCC 1597), article 8.13 (cinq zones concentriques de 10 km, adaptations par accord régional) (9 oct. 2026)
  5. Légifrance, convention collective des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés, IDCC 1597), article 8.17 (indemnité de trajet) (9 oct. 2026)
  6. Légifrance, convention collective des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés, IDCC 1597), article 8.18 (montants fixés en valeur absolue, repas fixé par accord régional) (9 oct. 2026)
  7. Légifrance, convention collective des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés, IDCC 1597), article 8.22 (indemnité de grand déplacement) (9 oct. 2026)
Aude Pretrelini

Rédigé par

Aude Pretrelini

La sniper du contenu RH, elle transforme le droit du travail en phrases que même ton boss comprend. Depuis 2022, elle pilote la stratégie édito comme une cheffe d’orchestre, rédige des articles ultra pratico-pratiques pour dirigeants, RH et managers, et résume les galères sociales & légales comme si c’était de la poésie. Un seul objectif, que personne ne dise plus jamais ‘j’ai pas compris la loi’.

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Questions fréquentes

Non. Le temps de déplacement pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas du temps de travail effectif (article L3121-4). Il ne se décompte pas en heures sur la feuille d’heures ; pour les ouvriers du bâtiment, il ouvre droit à une indemnité de trajet conventionnelle, selon la zone du chantier.

Le déplacement entre deux chantiers, effectué sur ordre de l’employeur pendant la journée, relève en principe du temps de travail effectif, puisque le salarié est à la disposition de l’employeur (article L3121-1). Ces minutes se décomptent en heures travaillées sur la feuille d’heures et sont payées comme du temps de travail. On les affecte souvent au chantier d’arrivée.

Pour les ouvriers du bâtiment, l’indemnité de trajet est un forfait fixé en valeur absolue pour chaque zone, en fonction de la distance entre le point de départ des petits déplacements et la limite extérieure de la zone du chantier. Les montants dépendent des accords de votre région.

Oui. Pour les ouvriers du bâtiment, le régime des petits déplacements comporte trois indemnités : repas, frais de transport et trajet (article 8.11 de la convention collective IDCC 1597). L’indemnité de trajet indemnise la sujétion du trajet quotidien, les deux autres couvrent les frais de repas et de transport. Elles peuvent figurer toutes sur le même bulletin.

Selon l’article L3121-4 du Code du travail, le temps de déplacement qui dépasse le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail donne lieu à une contrepartie, en repos ou financière. Enregistrez ce surplus sous une nature distincte sur la feuille d’heures, pour le calculer sans le confondre avec le temps de travail.

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